IRONMAN Finlande 2021

Par où commencer 🤔 19 Juillet 2020, je m’inscris pour l’IRONMAN de Finlande en Août 2021, avec l’objectif officiel de passer au niveau du dessus (et également de finir un IRONMAN complet, puisque celui de Nice en 2019 auquel j’avais participé avait été raccourci en raison de la canicule), et l’objectif officieux de me qualifier pour les championnats du monde IRONMAN à Hawaï. Pour obtenir cette précieuse qualification, il faut le plus souvent terminer sur le podium de sa catégorie d’âge (30-34 ans pour moi), donc bien mieux que ma 27ème place à l’IRONMAN de Nice!

L’objectif que j’avais en tête n’est pas tombé du ciel, j’ai regardé ce dont j’étais capable en 2020, ce que j’estimais être capable de faire avec une bonne préparation, les statistiques de temps et performances des athlètes de mon âge s’étant qualifiés les années précédentes et j’en passe. Bref, je me suis dit “ça peut le faire”.

Et finalement… ça l’a fait !

Autant arrêter le suspens tout de suite, ON PART À HAWAÏ! J’ai terminé 2ème de ma catégorie et 13ème au classement général, bien au-delà de mes espérances! J’avais 5 minis objectifs en arrivant à la course:

  • Faire moins d’1h pour les 3.8km de Natation - Raté ❌
  • Faire moins de 5h sur les 180km de Vélo - Raté ❌
  • Faire moins de 3h sur le marathon - Raté ❌
  • Me qualifier pour Hawaï - Réussi ✅
  • Faire une belle course et être fier de moi - Réussi ✅

2/5 la note est moyenne, mais j’ai rempli les deux objectifs les plus importants. Et j’étais à deux doigts de réussir les autres. Quelques statistiques pour les amoureux de la data:

  • Temps total 9h16’21”
  • 2ème des 30-34 ans
  • 9ème homme au scratch
  • 13ème au général (oui les pros femmes sont bien plus fortes que moi 😲😲, elles sont vraiments TRÈS impressionnantes)
  • Natation 3.8km - 1h02’02”
    • 1’38”/100m
    • 34 mouvements/min de moyenne
    • 47ème temps au général
  • Transition T1 - 2’54”
  • Vélo 180km 1200m D+ - 5h04’10”
    • 35.51 km/h
    • 200 Watts de moyenne
    • 211 Watts en puissance normalisée
    • 220 TSS
    • 59ème au général (j’ai encore pris une fessée…)
  • Transition T2 - 2’14”
  • Course à pied 42km 400m D+ - 3h05’04”
    • 4’24”/km
    • 309 Watts de moyenne
    • 159 RSS
    • 3ème au général (là c’est bien)

Il reste du travail en natation et en vélo, à pied on est bien. Voyons comment s’est déroulée la course.

Préparation et arrivée en Finlande

C’est en fait cette partie qui a été la plus cruciale pour terminer l’IRONMAN. Une année d’entraînements, de planification et de jalons à passer, avec des confinements au milieu. Je voulais vraiment passer au niveau supérieur à vélo et en natation pour arrêter de prendre le tarif par les autres concurrents, mon niveau à pied étant amplement suffisant pour jouer le podium.

J’avais terminé la natation en 1h01’ à Nice, passer sous l’heure était raisonnable. Mais tout ceci était sans compter notre ami le covid et la fermeture des piscines en… Octobre. Même pas le temps de commencer à re-nager sérieusement. Mais j’étais déterminé à faire une bonne préparation, et encore plus déterminé à arriver à la course avec zéro regret et zéro excuse, c’est trop facile de dire “sans le covid j’aurai pu faire mieux”.

Alors j’ai récupéré la piscine gonflable chez mes parents et je l’ai installée dans le jardin. 1 mètre 15 de profondeur, 5 mètres de diamètre, parfait. Plus qu’à accrocher une corde à un poteau à l’extérieur de la piscine, relier la corde à une vieille chambre à air (pour faire un genre d’élastique), puis à une ceinture autour de ma taille, et me voilà en train de nager le crawl statiquement dans la piscine. C’est monotone, les sensations sont étranges, mais au moins je nage. Avec la combinaison évidemment. Mes voisins me regardent en souriant en passant devant la maison, je me demande ce qu’ils se disent 😅

Petit rappel sur le climat de la Normandie à partir d’Octobre, on est pas sur de la canicule. L’eau est petit à petit descendue en température, de 13 degrés au début à moins de 5 à partir de Décembre. Entre 10 et 13 degrés ça va, entre 5 et 10 j’ai dû mettre des gants, des chaussons et une sous couche thermique pour réussir à nager plus de 10 minutes. Sous les 5 degrés c’était vraiment très dur de tenir 15 minutes.

L’eau absorbe la chaleur corporelle à une vitesse hallucinante, et une fois que le corps se refroidit, les extrémités sont privées de sang parce que le corps privilégie les organes (entre les poumons et un doigt le choix est vite fait). Et ça commence à faire mal. Je ne suis pas du genre douillet, mais ça fait vraiment très mal. Le pire étant sous la douche ensuite quand le sang revient dans les mains et les pieds. Je n’ai pas honte de dire que j’ai crié de douleur plusieurs fois 😅😅 Et j’ai aussi vécu la sensation du corps qui nous prévient qu’on est en danger de mort, du genre “faut quelque chose tout de suite parce que je peux plus tenir là”, vraiment très déroutant (et flippant!).

Mais bon, c’est le jeu ma pauvre Lucette, 3 bains dans la piscine par semaine, même si j’étais à peu près sûr de ne pas progresser, je n’allais pas non plus régresser. J’aurai stabilisé le niveau jusqu’à la réouverture des piscines!

Après de longs mois, les piscines ont enfin ouvert leurs portes, et il a fallu quelques mois pour retrouver un niveau correct. Et comme j’étais déterminé à ne rien laisser au hasard, je me suis dit que ce serait intéressant d’intégrer des séances de nage en eau vive (pas à la piscine donc), et de préférence dans un lac plutôt qu’en mer, puisque la course sera dans un lac. Sauf que les lacs ça ne court pas les rues en Normandie. A moins que… J’avais remarqué sur Google Maps que le château à quelques kilomètres de chez moi (le Château du Bec) possède deux grands étangs de plus de 200 mètres de long. Sauf que ce sont des lacs privés. Qui ne tente rien n’a rien, j’appelle Nathalie, la propriétaire du château (dans lequel ont lieu beaucoup de mariages) et lui explique ma situation et mon souhait de pouvoir nager dans le lac. Elle a été super enthousiaste et prête à m’aider dans mon projet sportif! Me voilà donc, une à deux fois par semaine, à traverser la cour du château avec ma combinaison de natation pour aller nager dans l’étang. Super sensations dans l’eau, j’ai pû m’habituer à nager avec la combinaison, à m’orienter, à ne pas paniquer quand un poisson s’enfuit ou quand un bout de bois te touche 😅 Et pour un fan du moyen âge comme moi… c’était un ultime kiffe d’aller au château pour m’entraîner!

Concernant le vélo, j’avais déjà bien progressé depuis 2019, il fallait maintenant conserver ce niveau (voire l’élever) et surtout travailler avec le nouveau vélo de triathlon sur la position aérodynamique, parce que rester dans cette position pendant plusieurs heures est vraiment un travail de long terme. En plus de cela, il est plus difficile de maintenir la même puissance une fois en position, donc deuxième axe de travail. A part 4 séances, tous les entraînements ont été faits sur le home trainer, donc dans le garage devant un écran. Certaines séances sont très intenses et durent 1h, d’autres plus longues, jusqu’à 5h. Vive les samedi matins sur le vélo à regarder des films, podcasts, lire des livres, bref à tuer le temps 😅

L’avantage du home trainer, c’est qu’il n’y a pas de pause, les jambes doivents toujours appuyer sur les pédales, donc il est certain que si vous passer la séance de 5h sur le home trainer, elle passera facilement dehors ensuite. Le deuxième avantage est qu’on est à l’intérieur, donc au revoir le temps pourri de la Normandie en hiver, et surtout au revoir aux automobilistes qui sont parfois dangereux. Zéro risque = zéro accident.

Bref, les entraînements se sont bien passés, et ont atteint environ 15h par semaine en fin de préparation. C’est pas mal, mais toujours à des années lumières des pros (avec leur 30h+). Mais j’ai une famille et un contrat de travail à honorer en même temps!

Ce que je retiens surtout de cet investissement (si jamais quelqu’un lit ce passage et souhaite se lancer dans une aventure similaire), c’est qu’il faut communiquer avec votre moitié. Soyez d’accord sur le volume d’entraînement et les adaptations qu’il faut faire dans la vie de tous les jours. Toutes mes séances étaient planifiées et ajoutées dans le calendrier commun que nous avons avec Audrey. Je lui partage mes ressentis, mes doutes, et nous veillons à ce que cela n’impacte pas (au un minimum) notre vie de couple et de famille. Parce que notre fille se moque que son père fasse du vélo, elle préfère que je lui courre après 😁😁

Nous arrivons enfin en Finlande, double dose de vaccin fait, voyage préparé au cordeau. Audrey et Livia sont avec moi, nous arrivons au logement dans la soirée du Mardi, la course est le Samedi. Nous sommes au pied d’un lac, dans la forêt, on retrouve bien le paysage des pays scandinaves! Nous avons trois jours devant nous pour faire le check-in, faire une reconnaissance vélo, nager dans le lac, déposer les affaires de course le Vendredi. Et surtout en profiter pour nous reposer, ça faisait un moment que nous n’avions pas pris de vacances!

La pression monte doucement (non non elle monte à mort!), et Audrey me donne un soir une pochette carton. Je découvre à l’intérieur une montagne de lettres, de dessins, de photos et de petites attentions de mes proches pour m’encourager. J’ai même eu le droit à une chanson de mes sœurs! J’y reviendrai plus tard mais j’ai été très (très très, mais alors très très très) touché, Audrey a bien fait de me donner tout ça un peu avant la course, j’ai dû beaucoup me réhydrater pour me remettre de mes émotions 😆

Bref nous voilà déjà la veille de la course, les jambes sont affutées et prêtes au combat, le ventre est bien rempli, on se couche tôt, le départ de la course est à 7h45. Je suis étrangement serein malgré l’objectif que je me suis fixé. Le fait d’avoir la certitude d’avoir tout mis en œuvre pour réussir y est probablement pour beaucoup. Même en cas d’échec, j’aurai donné le maximum, zéro excuse. Lever 5h30, Audrey a mal dormi contrairement à moi, c’est la première fois que je me réveille aussi frais et dispo un jour de course 😂 (j’ai réussi à dormir 8h!). Petit déjeuner fait, même pas besoin de réveiller notre fille qui s’est réveillée toute seule et a commencé à chanter dans son lit à 6h15.

Direction le parc à vélo à 5 minutes en voiture, l’organisation était vraiment facile sur cet IRONMAN. Je pose mes ravitaillements, je refais un check up mental de chaque transition dans ma tête, je vérifie le vélo, OK! On arrive au départ de la course à 500 mètres du parc, le soleil se lève sur le lac, le ciel est bleu, la température est parfaite à 17 degrés, conditions optimales (pour les athlètes ET les supporters!).

J’enfile ma combinaison de natation, je fais un dernier bisou à Livia et à Audrey, ce sont des moments très chargés en émotions. Tant d’efforts et de sueur pour arriver ici, tant de monde derrière moi pour me soutenir, tant d’espérance et d’organisation pour laisser un minimum de place au hasard. Je dis en rigolant à Audrey “j’ai toutes les chialades dans ma gorge prêtes à sortir” (et elles sont toujours là même en écrivant ces mots). Je vais me mettre au départ, je me mets presque tout devant, il est temps d’assumer le niveau maintenant. Je souhaite bonne chance aux personnes autour de moi, même si ce sont mes adversaires on s’engage tous dans une aventure hors du commun! Je conseille à un des gars à côté de moi de mettre sa puce de chronométrage à la cheville gauche (et pas la droite, sinon elle peut se prendre dans le dérailleur pendant le vélo, pro tips!). Ce gars est allemand, il me dit que c’est son premier IRONMAN, je lui réponds que ça va le faire, qu’il faut qu’il s’amuse, en anglais bien sûr. “This is going to be awesome dude!” (je lui ai vraiment dit ça). En position… BIP! et c’est parti pour une grande journée!

Natation

Top départ, je plonge (un grand mot, on dira plutôt je m’allonge dans l’eau) dans le lac. L’eau est vraiment bonne (20 degrés), avec la combinaison et comparé à la piscine dans le jardin, c’est un vrai bonheur. L’eau a presque un goût sucré, c’est bien plus plaisant que l’eau de mer. J’hurle dans l’eau pour exprimer mes émotions, je suis tellement heureux de participer à la course et laisser l’énergie sortir.

Ça paraîtra probablement bizarre à beaucoup de gens, mais on est tellement chargé d’adrénaline et d’émotions au départ qu’il faut que ça sorte d’une manière ou d’une autre. Je fais tourner les bras, tout va bien. Et puis on attend que ça se passe 😂 3.8km c’est assez long en nageant, on a le temps de voir les bouées se rapprocher tout doucement… On entend rien avec l’eau dans les oreilles, on voit par intermittence quand la tête sort de l’eau, on a du mal à reconnaître les autres concurrents.

Mais je profite du moment quand même, le paysage est magnifique, il y a peu de gens autour de moi, donc c’est facile de poser sa nage et de nager détendu. L’eau a une couleur rougeâtre et assez trouble, l’orientation est tout de même aisée. Demi tour au bout d’environ 1,2 km, et direction la sortie de l’eau. Je bats plus fort des jambes à la fin pour envoyer du sang dans les jambes et je me relève sur le sable, un peu tôt en y repensant, j’ai dû marcher avec de l’eau à mi cuisse pendant 20 mètres…

Je check ma montre, 1h02’, en retard de 2 minutes mais je n’ai pas eu l’impression de me fatiguer, en fait je n’ai rien senti du tout, c’est plutôt cool de ne pas taper dans les réserves en sachant qu’il reste 8h de course 😂. Je bondis dans le parc à vélo, j’attrape le casque, le dossard, j’enfile des chaussettes et je déboule à la sortie, moins de 3 minutes, c’est cool. Les chaussures de vélo sont déjà clipsées sur les pédales pour gagner du temps, je glisse donc mes pieds dedans et lance mon vélo (que j’ai nommé “Fend la bise”) sur les routes finlandaies. See you in 180km!

Vélo

Le vélo c’est cool, ça va vite, on voit plein de paysages différents, mais au bout d’un moment ça fait toujours mal aux fesses.

J’avais en tête de boucler cette partie en moins de 5h, et après le repérage fait quelques jours avant je me disais que c’était dans mes cordes. Le parcours n’est pas du tout technique (comparé aux descentes de Nice!), la route est droite et en très bon état. Par contre elle n’est jamais plate, toujours des faux plats ou des petites collines à grimper. Le vrai challenge était là, réussir à maintenir une bonne vitesse moyenne avec des changements d’allures incessants. En plus de la route ondulante (j’ai pas de meilleur adjectif), la forêt et les lacs qui bordent la route créent des masses d’air assez étranges, on se retrouve donc parfois en descente à, à peine 30 km/h sans sentir de vent puis 500 mètres plus loin on passe les 45 km/h dans un faux plat montant en prenant plein de vent dans le nez, sans avoir à beaucoup appuyer sur les pédales 🤷‍♂️🤷‍♂️🤷‍♂️

Pas grave, le tout c’est de regarder les watts (la puissance produite par les jambes qui appuient sur les pédales) sur la montre et de s’y fier. Le plan était d’arriver à tenir environ 220 Watts de moyenne sur tout le vélo, chose que j’avais déjà réalisé sur le home trainer à plusieurs reprises, donc pas d’inconnues normalement!

Deux boucles d’environ 85 km à réaliser plus le tronçon pour rejoindre le parc à vélo. La météo était très bonne, pas mal de vent sur certaines portions mais les conditions étaient vraiment au rendez-vous. Malgré mes progrès sur le vélo, j’ai encore pris une fessée. Il me reste encore du travail avant d’arriver au niveau des meilleurs! Il en faut plus néanmoins pour me déstabiliser, un IRONMAN c’est avant une course contre soi-même, et s’écarter du plan de départ c’est le plus souvent aller à la catastrophe. Ce n’est pas le jour de la course que l’on va subitement être beaucoup plus fort ou pouvoir tenir une vitesse plus élevée.

Donc je reste dans ma course, je suis mon plan de nutrition/hydratation, avec mes barres de dattes maison et mes gels de miel. On pense souvent aux entraînements quand on parle de sport, mais pour les sports d’endurance, la nutrition est très souvent la clé entre une bonne et une mauvaise course. On comprend très bien qu’il faut mettre du carburant dans les voitures de F1, c’est identique avec le corps humain. Et plus la nourriture est de bonne qualité, meilleur est le rendement. C’est pour ça qu’on ne met pas du SP95 dans les voitures de course! Donc on mange la même chose qu’à l’entraînement, le système digestif est habitué à cette nourriture et devient hyper efficace pour la digérer, donc il faut lui faciliter la vie!

Contrairement à mes aventures passées, il ne s’est rien passé sur le vélo (et c’est tant mieux), pas de souci mécanique, pas de frayeur, pas d’anecdote croustillante. J’ai juste pris une énorme averse sur la tête pendant les 20 dernières minutes. Oui parce que le temps s’est un peu gâté à partir de là!

J’arrive finalement au parc à vélo après 5h04’, c’est plus que prévu mais ma cuisse gauche commençait à être très très proche de la crampe à chaque fois que j’appuyais un peu fort, donc la deuxième partie de course était un peu moins rapide. Parce qu’après le vélo il y a tout de même 42 km à faire en courant, il faut en garder un peu sous le pied! Bref je n’ai qu’une chose en tête, c’est montrer à mes concurrents que maintenant on rentre sur mon territoire, j’ai bien retenu les dossards de ceux qui m’ont dépassé à vélo, j’ai bien l’intention de les écoeurer quand je les dépasserai à pied 😂

Course à pied

Je bondis une fois de plus de mon vélo et cours jusqu’à mes affaires de course à pied, je vide (très soigneusement 😅) mes chaussures dans lesquelles j’ai mis mon ravitaillement pour éviter de laisser trainer quelques chose, et je m’élance tel un cerf sur le marathon. J’ai mal aux jambes mais ce sont mes sensations normales après les longues séances de vélo, et ça ne m’empêche pas du tout de courir à un bon rythme. Je boucle le premier kilomètre en 4’06” (presque 15 km/h), je suis vraiment à l’aise, je n’ai même pas l’impression de courir.

J’ai en tête moins de 3h, donc il faudra rester à 4’16”/km ou moins. Le parcours est assez technique, il y a beaucoup de petites bosses et de chemins caillouteux, pas si facile 😅 De la même manière que sur le vélo, impossible de maintenir une allure constante, il faut relancer régulièrement et le nombre de portions plates est vraiment très faible. Mais les jambes sont bonnes!

La course se déroule en 4 tours de 10 km. L’avantage d’arriver dans les premiers c’est qu’on est tranquille pendant les premiers tours, et que l’on peut profiter des encouragements de tous les supporters, et surtout des deux meilleurs supportrices du monde, ma femme et ma fille. Avant même de les voir j’entends le mégaphone d’Audrey au loin pendant mon premier tour, je redresse la tête fièrement, je vois Livia qui danse sur le bord et qui commence à me faire coucou, c’est dur de ne pas s’effondrer en larmes ! Le sourire jusqu’aux oreilles, je continue ma course le cœur gonflé d’émotions.

Je suis plutôt du genre lucide dans ces évènements, je ne suis pas le genre d’athlète à m’enfermer dans mon effort et à fixer la route devant moi, je remercie les bénévoles aux ravitaillements (même si c’est avec un sourire seulement parfois), j’encourage ceux qui m’encouragent à faire encore plus de bruits. Je me suis même découvert des talents d’ambianceur 😂 Les quatres boucles passaient devant l’arrivée, où la majorité des supporters étaient postés, à mon deuxième tour, les gens étaient déjà chauds, je me suis surpris à crier “Come on Finland, MAKE SOME NOISE!” en passant, j’ai eu droit à une standing ovation 😂😂😂 en y repensant j’aurais pû faire un flop monstrueux.

Bref, après 25km l’allure est toujours bonne et j’ai déjà rattrapé, puis dépassé ceux que j’avais dans le viseur pendant le vélo. Je vous avais dit que le match n’était pas terminé! Le parcours commence à se remplir pendant mon 3ème tour, beaucoup de concurrents en ont terminé avec le vélo. Je continue à doubler tout le monde, je n’ai trouvé personne courant à mon allure. L’une des athlètes a dit en me voyant la doubler “Damn he’s on fire”, affirmatif 😂

Un mois avant la course, j’avais fait part à Audrey de mon appréhension du marathon, en lui disant que j’avais peut être été un peu léger sur le volume de kilomètres à pied. Je faisais au maximum 45 km/semaine, ce qui est peu, mais je n’avais pas trop besoin de travailler mon niveau à pied, surtout en comparaison de la nage et du vélo. Craintes qui se sont confirmées, il m’a vraiment manqué du jus sur les 10 derniers kilomètres! Après 30 km, mes cuisses étaient devenues deux troncs d’arbre, pas le mieux pour courir. J’ai commencé à sérieusement souffrir! Pour couronner le tout la pluie s’est mise à tomber, pas la pluie fine de Normandie, mais des trombes d’eau, trempé jusqu’aux os en 1 minute!

J’ai utilisé un des éléments sur lequel j’ai beaucoup progressé ces derniers temps. Moi qui était plutôt dans le type sang froid et calculateur, j’ai mis 30 ans avant de me rendre compte de la puissance des émotions. Au même titre qu’on apprend à connaître comment réagit son corps à l’effort, on peut également écouter ce qu’il nous dit. La douleur, la souffrance, l’euphorie, la détermination, la motivation, les hauts et les bas sont toutes les phases par lesquelles on passe pendant une épreuve aussi longue. Se nourrir de ses émotions peut être une force supplémentaire incroyable. Pendant ma préparation, je ne compte plus le nombre de fois où j’ai fini en pleurs à la fin des séances intenses de vélo ou de course à pied, tellement l’effort était violent ou douloureux. Mais la pratique nous aide à nous transcender et atteindre un niveau émotif où l’on se surpasse, ou du moins où la douleur physique n’est plus une limitation. C’est déroutant les premières fois, et je me suis senti ridicule, mais on réussit à passer des séances que l’on pensait hors de notre portée. Sans parler du bien être que l’on ressent ensuite!

C’est donc ça que j’ai utilisé, j’ai serré les dents, je me suis nourri des encouragements des supporters, de la décharge d’amour et d’adrénaline à chaque fois que je passais devant ma petite famille. Et même si l’allure avait un peu diminuée, que tout mon corps me susurrait de m’arrêter, j’ai tenu bon et j’ai pensé à toutes les personnes qui me soutenaient, à ma famille, mes amis qui avaient tous les yeux sur le tracker IRONMAN pour suivre la course! Impossible de flancher maintenant. 35, 36, 37, les kilomètres continuent de défiler, 38, 39, 40, je passe le dernier poste de ravitaillement, 41… plus qu’un kilomètre, un seul pour profiter du moment, d’être en Finlande avec ma femme et ma fille, d’avoir réussi une course sans encombre, d’être arrivé au bout de l’épreuve et au bout de mes forces, d’avoir le sentiment que peu importe le résultat j’ai donné tout ce que j’avais, de graver dans ma mémoire cette douleur physique qui me rappellera que la détermination peut nous emmener très loin.

Je ne voyais même pas encore la ligne d’arrivée que je pleurais déjà (je parle bien de la chialade en règle avec les sanglots et tout). Je grimpe la dernière côte en bombe, je vois (et j’entends) Audrey à côté du tapis rouge de l’arrivée, je ne maitrise plus rien, et à vrai dire ce moment est flou dans ma tête, je me revois juste faire les derniers pas puis sauter dans les airs en passant la ligne d’arrivée, en m’entendant crier ma joie et ma satisfaction, puis me frapper les joues pour me congratuler (il est bizarre ce monsieur).

Audrey a fait forte impression, le speaker de l’IRONMAN a repris la chanson du mégaphone pour mon arrivée, enfin c’est Audrey qui me racontera ça par la suite, parce que j’étais vraiment sur une autre planète. 9h16’21” d’efforts, c’était pas si long en fait.

Audrey me prend dans ses bras, me tend Livia qui sourit encore plus que moi, je suis épuisé mais je suis heureux. Un des concurrents arrivé juste avant moi et dans le même état émotif, il est français et on découvrira juste ensuite qu’en plus d’être un gars super sympa, nous allons partager les deux premières places du podium dans notre catégorie.

Malgré la baisse de régime sur la fin de parcours, je finis avec le troisième temps en course à pied en 3h05’, j’avais dit que c’était mon point fort 😂 J’ai mal partout, mon corps me dit qu’il faut se reposer maintenant!

Bref, ça fait maintenant 3 jours que la course est passée, les courbatures ont disparu mais je suis toujours sur un nuage, je suis vraiment satisfait de la performance, et encore plus d’avoir la précieuse qualification pour Hawaï en poche. J’avais dit qu’il fallait que je sois dans le top 5 pour être sûr de l’avoir, en étant 2ème, c’était 100% garanti!

J’avais envie de parler de tellement d’autres sujets pendant ce rapport, mais ce sera pour une autre fois, celui-ci est déjà bien rempli.

Comment terminer ce rapport de course autrement qu’en remerciant une infinité de fois toutes les personnes qui étaient avec moi (même à distance) pendant cette journée, ma famille et tous mes proches. J’ai failli me lancer dans la liste des noms, mais il y a tellement de personnes que ça doublerait la taille du rapport! Tout ce que je peux dire c’est que je vous aime, et que je suis profondément heureux d’avoir des gens aussi géniaux dans ma vie. Je l’ai dit plein de fois à Audrey, cela m’a fait bizarre et j’étais presque gêné d’avoir eu autant de messages et de petites attentions juste pour moi. Je le répète, j’ai été vraiment très (très très très) touché.

Un grand merci également à mon club le LHSA, à ma commune Mannevillette et à mon employeur Doctolib qui me soutiennent dans ces aventures, et ce n’est pas terminé! Un énorme merci à Nathalie du Château du Bec pour sa gentillesse, son accueil et l’accès au lac! Et toujours et encore merci à Rosalie de LibreForme8, l’ange gardien de ma nutrition 😊

Et rendez-vous à Hawaï! Aloha!

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